Trophées d'honneur

 

Lors de chaque édition, les Trophées Francophones du Cinéma rendent hommage à un.e cinéaste du pays d'accueil. Exceptionnellement en 2020, deux personnalités rwandaises sont mises à l'honneur: la comédienne Isabelle Kabano et le cinéaste Joël Karekezi.

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Isabelle Kabano

Isabelle Kabano, née au Burundi de parents rwandais, est journaliste de formation, danseuse professionnelle et comédienne confirmée. Elle révèle tout son talent dans le film Petit Pays d’Éric Barbier, adaptation du roman éponyme de Gaël Faye. On a également déjà pu la voir dans des films relatant l’histoire du Rwanda comme Sometimes in April (2005) de Raoul Peck, Opération Turquoise (2017) d’Alain Tasma ou J’ai serré la main du Diable (2007) de Roger Spottiswoode. 

 

Très tôt sur scène grâce à son papa directeur d’une troupe de théâtre, Isabelle Kabano joue la comédie, collabore à la mise en scène... et danse. C'est sa manière de perpétuer la culture rwandaise. Elle est d’ailleurs recrutée dans une troupe de danse traditionnelle professionnelle, Intare Cultural Troup, en 1994 lors de son retour au Rwanda, pays de ses ancêtres. Ce qui lui vaut de partir en tournée internationale. 

 

C’est plus tard, en 2004, qu’elle découvre le cinéma. Dans Petit Pays, son rôle d’Yvonne, mère rwandaise exilée au Burundi, puis confrontée au génocide des Tutsis fait écho à sa propre vie et aux femmes qui l’ont toujours entourée. C’est peut-être une des raisons pour laquelle Isabelle Kabano l’incarne avec tant de force. Au point, à la fin du tournage, d'avoir du mal à laisser partir son personnage. Elle explique sur le plateau de Davy Carmel Ingabire :

« J’étais une doublure en fait, ça devenait un peu compliqué même à la maison, partout. Je devenais une doublure, je gardais sa coiffure, je gardais sa coquetterie, je ne savais plus qui j’étais. Il paraît que ça se passe comme ça avec tous les acteurs quand ils ont un personnage. Ça se passe comme ça au théâtre aussi avec moi. J’ai des difficultés à sortir du personnage et de l’histoire. » 

La marque de fabrique d’une grande interprète, et le Festival du Film Francophone d'Angoulême ne s’y est pas trompé, récompensant Isabelle Kabano du Valois de la meilleure actrice pour Petit Pays en septembre 2020.

Joël Karekezi

Né au Rwanda en 1985, Joël Karekezi obtient son diplôme de réalisateur à l’école de cinéma Cinecours en 2008 et sort, dans la foulée, son premier court métrage. Il revient sur ses débuts pour Cinevox en 2019:

 

« J’avais envie de raconter des histoires et j’étais passionné de cinéma. Le cinéma pouvait m’aider à comprendre des choses, à comprendre mon histoire. J’ai produit mon premier court métrage, Le Pardon, dans le cadre du Maisha Film Lab, un atelier créé par Mira Nair. Le film traitait du génocide contre les Tutsis. J’avais envie de me poser la question : est-ce que le pardon est possible ? Le film revenait sur la nécessité de faire des sacrifices pour pouvoir faire avancer notre société. »

 

Gagnant du prix Golden Impala au festival de film Amakula en Ouganda et sacré meilleur court métrage au festival africain du court métrage de la Silicon Valley en 2010, Le Pardon donnera lieu à son premier long métrage, Imbabazi (Le Pardon), projeté lui aussi dans de nombreux festivals.

 

Bien installé sur la scène du cinéma international, Joël Karekezi réalise un documentaire, Portrait of Reconciliation, en 2016. En 2018, il revient avec The Mercy of Jungle (La Miséricorde de la jungle) traitant cette fois de la deuxième guerre du Congo et mettant en scène Mark Zinga, Stéphane Bak... et la jungle, qu'il rend cruelle et poétique à la fois. Présenté au Festival de Toronto et au Festival International du Film Francophone de Namur, The Mercy of Jungle remporte également l’Etalon d’or de Yennenga au FESPACO 2019.

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